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Sicilia 2013 : Côte sud. De la marina di Palma à capo Passero/Calabernardo

22/10/13 De Marina di Palma à Gela

Je suis hyper motivé pour partir du petit port, et aussi très touché car juste avant de partir je croise de nouveau Antonio et Seniore Zimmy Re qui me souhaitent un bon voyage. J’ai droit à des embrassades et c’était vraiment très chaleureux ! En abordant les pointes à proximité, il y a de nouveau ces fortes risées du matin qui sont accélérées par le relief. Remarquable, et cette fois-ci je suis au courant du phénomène, pour en avoir parlé avec les gens du coin. Pour autant le régime est d’Est. Ces accélérations ne sont pas dues qu’à l’influence du lever de soleil. Avec ce flux d’Est perpétuel, il y a aussi du courant et encore pas mal de houle en arrivant vers la digue du port de Licata. Ça fout un bordel ces digues, comme des pointes ou des minis caps ! Je suis bien content d’être resté à la marina di Palma ces deux derniers jours car la plage de Licata, même au loin, ne m’inspire pas même si ça à l’air joli (voitures, etc…). Maintenant je sais que la météo est généralement bonne, même si sur le terrain on est loin du 2b variable annoncé tout les jours. C’est sans compter les phénomènes locaux, la houle qui vient de loin, etc… Passage de Licata, cela moutonne bien par là, puis objectif Gela, annonçant ainsi le passage de la première zone pétrolifère du parcours. Le vent est d’Est quelles que soient les variantes, c’est une « mise en bras » pour la suite car ce régime durera les jours suivants… Je me pose sur la plage pas très loin du port, avec vue sur le complexe pétrolier, mais la plage est sympa et le bivouac paisible et reposant. Il va bien falloir parce que là je sais que si je veux réussir mon tour, il faudra absolument avancer coûte que coûte. De temps à autre ça pue ici !

23/10/13 De Gela à une plage après la marine di Ragusa

Il y a un très beau ciel étoilé en sortant de la tente, l’ambiance est zen. Lors du chargement du kayak, un joli bolide zèbre le ciel en éclairant tout l’horizon ! Mais mon esprit chemine : était-ce naturel ou un petit débris spatial ?…, finir ce cheminement en pensant au complexe pétrolifère qui lui n’a rien de naturel et que j’ai hâte de passer au plus vite… En finissant les derniers préparatifs, un gars avec une bouée d’où est accroché un filet viens voir le kayak et me pose des questions, mais tout en m’excusant je doit finir et partir vite fait… J’en suis très désolé car je suis franchement intrigué par cette technique de pêche, alors le gars se met à l’eau en combinaison et palme lentement à reculons en tirant sa bouée. C’est la première fois que j’observe ça depuis le départ. Si le port n’était pas très loin, par contre le passage sous la digue me semble interminable, avec les effets thermiques du matin. S’en suit une longue navigation en bordure de plage, le vent forcit au fur et à mesure, ce flux d’Est est usant à force… Je peux m’estimer réellement heureux d’être sur l’eau depuis deux jours, et cela va durer, mais à certains moments il faut déployer une énergie considérable pour avancer. Cela se renforce toujours vers les pointes et digues des ports, c’est aussi le cas en arrivant vers celui de Scoglitti. Je jure, je grogne, c’est dur par moment. Là en arrivant à proximité c’est du 5b de face mais je dédie chaque coups de pagaie à capo Passero. Ne penser à rien d’autre que capo Passero. Se mettre en mode « anesthésie », comme j’aime bien dire. Je me met un petit moment à l’abri derrière la digue. Sur une dalle au milieu des blocs, il y a un gars avec un gros bide et chapeau de cow-boy qui pêche sous son parasol, une bière à la main la canne de l’autre. Il me regarde comme un extra-terrestre l’air de dire bah ça à l’air tranquille aujourd’hui ! Cela suffit pour me motiver à repartir, un peu après j’observe de près un couple : la nana, qui est fort mignonne au demeurant, est en train de mettre une véritable brassée à son mec, qui dans un mutisme total, encaisse les rafales en montant silencieusement ses hameçons… Bon, assez d’étude comportementale pour aujourd’hui :-) Je file vite vite de là, cela me procure un ENORME sentiment de liberté… Je me pose quelques temps après à proximité d’un village de vacances abandonné semble t-il (vers Branco Piccolo sur la carte), c’est comme un petit village fantôme, très bizarre tout ça… Ensuite de Punta Braccetto à Punta Secca, puis jusqu’aux environs de la marine de Ragusa c’est de nouveau un bon vent de face, qui se transforme en vent de travers au niveau de la digue du port, puis arrière avec une bonne accélération en contournant la digue. C’est toujours très étonnant ces changements de conditions d’un endroit à l’autre. Je me laisse finalement porter par un régime ¾ arrière vers l’extrémité de la zone urbaine de Ragusa. Je pensais initialement y finir mon étape, mais c’est franchement pas accueillant pour un bivouac tranquille. Je repère une plage avant une pointe rocheuse, mais découvre en allant plus loin que ce n’est pas génial pour poser avec les vagues ou sur des « pseudos » plages. Il y a l’épave d’un bateau de pêche posé sur le bord, c’est monnaie assez courante… Je fais demi-tour pour rejoindre la plage repérée précédemment, le soleil est déjà très bas sur l’horizon…

24/10/13 D’une plage après la marina di Ragusa à une pointe avant Capo Passero

Je n’envisage pas de difficulté particulière pour cette journée, hormis ce flux d’Est qui persiste… Mais quand même, il s’agira normalement de la dernière étape avant d’aborder Capo Passero, donc je ne lâche rien. Question météo les journées se répètent. Au fil des rencontres, en faisant le tri de ce que j’entends, j’arrive à me faire une idée sur les conditions de navigation sur cette côte sud, qui est très exposée. Les conditions semblent y être généralement plus difficiles que la côte Nord par exemple. Les phénomènes locaux dus aux reliefs sont quand même très marqués. Il fait encore très chaud aussi pour la période, il pleut normalement bien plus, et la mer est également très chaude, suite à un été particulièrement chaud semble t-il. C’est sans doute pour cela que les phénomènes de brises sont encore si forts… C’est le cas en abordant la grosse digue de Pozzalo. Mais elles sont énormes ces digues en Sicile ! L’endroit est malsain, cette structure comme toutes les autres fout un bordel pas possible, mais là la digue de Pozzalo est presque en tête de liste. Au large il y a un peu de vent, du 4/5b de secteur sud Est, et je contourne la pointe avec des vagues arrières que je trouve disproportionnées par rapport aux conditions…

Je me pose sur la plage après Pozzalo, histoire de manger un peu et pour me dégourdir les jambes avant de me rapprocher au maximum de Capo Passerro. Très vite je discute avec un couple qui se promène sur la plage et très vite je suis invité pour manger un morceau ! Il s’agit en fait de Françoise et Fausto qui ont une maison dans le coin, et j’ai droit à une délicieuse assiette sur la plage, avec du fromage, des crudités, des œufs dur, du pain, du chocolat ! Cela fait aussi un moment que je recherche une autre carte de la Sicile, et j’ai aussi droit à une carte Michelin au 400000 ième … C’était vraiment une super rencontre, et cela m’a fait vraiment très très plaisir. C’est un énorme coup de pouce au moral pour continuer, grazie mille à tous les deux ! Malheureusement je ne peux rester très longtemps, il est déjà tard et je veux me rapprocher au maximum du cap. Je repars donc en espérant rejoindre au moins la pointe vers Marza. Niveau timing c’est juste, le soleil décline rapidement en abordant une zone rocheuse, et en arrivant vers cette fameuse pointe je me pose sur la première plage que je trouve, je n’ai qu’une demi heure de marge. Le bivouac est tranquille malgré la proximité de la route, mais je suis bien protégé derrière une grosse haie d’arbres et de roseaux. Avant de me coucher je savoure les chocolats et la pâte de coing de Françoise et Fausto :-) Et très rapidement je tombe de sommeil…

25/10/13 D’une pointe avant Capo Passero à Lodo di Noto/Calabernardo

Départ dans le timing. J’ai vraiment hâte de passer Capo Passero, qui fait partie de l’un des passages clés de l’expé. Un cap pour lequel je pagaie plusieurs jours vent de face non-stop. Les conditions sont bonnes, dans la lignée de ces derniers jours, donc je m’attends aussi à un renforcement du vent dans la journée, et peut être aussi un peu de houle de sud. La mer est ridée dès le départ, et les couleurs avant le lever de soleil superbes. Cap à l’Est ! Je passe rapidement la punta Castellazzo, original cette roche perpendiculaire au relief. Jusqu’à la prochaine pointe je ne sais pas trop comment gérer ma trajectoire, le vent est de terre à un moment, puis de ¾ avant à un autre, je me rapproche de la côte que je longe de près, cela règle le problème… Isola delle Correnti apparaît au bout d’un moment, ça y est là ça devient sérieux, on rentre dans le vif du sujet. Je suis confiant, les conditions sont toujours bonnes, même si on sent bien que là il y a déjà plus d’air. Le passage entre l’île et la côte est très étroit avec peu de fond, il y a une houle du sud qui lève des vagues de l’autre côté mais c’est très régulier. Je me paie donc le luxe de passer entre en attendant le bon moment. C’est aussi un moyen de renforcer le mental : si ça passe là, ça sera bon aussi pour Capo Passero… Entre deux trains de houle, ça se passe très bien. Le vent est de face, entre 2b et 4b jusqu’au cap, avec cette houle de sud que j’estime à 50cm en moyenne, cela met l’ambiance et je ne pagaie pas spécialement très détendu. En même temps avec les efforts physique de ces derniers jours, j’ai du mal à me détendre, je rêve d’un bon massage sur la plage… Mais l’ambiance est très sympa et cet objectif tant désiré est là devant moi. J’arrive assez rapidement vers Portopalo, me repose quelques minutes dans le creux après la digue et aborde le cap. Il y a beaucoup plus de courant vers la pointe et le long de la côte rocheuse, un pêcheur me hurle je sais pas trop quoi, je comprends qu’il faut que je longe la côte à cause du courant. Mais très vite cela se calme en me rapprochant au niveau de la pointe de l’île di capo Passero. Seule la houle qui est arrière se fait un peu sentir, ce que je surveille de près car je sais qu’a un moment le fond remonte franchement… Je n’observe rien de particulier, mais je suis effectivement très surpris de la vitesse à laquelle le fond remonte ! D’un coup il n’y a plus beaucoup d’eau, d’un coup il faut gérer un petit surf, d’un coup j’ai passé le cap, d’un coup c’est un soulagement que je ne peux même pas décrire… Le cap est passé, yes !!! L’ambiance est curieusement plus calme à cet endroit, je soupçonne l’île d’en être la responsable, car très rapidement après, tout au long de la côte rocheuse jusqu’à Marzameni, c’est franchement désagréable : ce n’est pas gros mais avec la houle qui est plus présente ici et un flux d’Est pas très fort mais qui génère un clapot/ressac qui donne une mer complètement désorganisée… Après le port, où le passage de la digue est un grand moment de bonheur de secouez moi, secouez moi, cela se calme enfin. La pointe qui suit est très jolie je trouve, je me pose un petit moment sur une plage vers San Lorenzo pour manger un morceau et profiter de la joie d’avoir passé Capo Passero… Je repars rapidement vers les longues et superbes plages de la réserve naturelle de Vendicari, avec cette île et l’eau turquoise et la belle lumière, c’est très agréable. La caractéristique de cet endroit est que les tortues viennent se reproduire sur ces plages, d’où la réserve intégrale. Mais aucune tortue à l’horizon, c’est pas la période de reproduction ! Je vise la plage après Calabernardo mais me pose après Lodo di Noto un peu en aval, le vent à forci de nouveau, comme la houle j’ai l’impression, et je suis cassé… Montage de la tente, j’ai un robinet d’eau à portée de main dans l’escalier d’une résidence, mini recharge du téléphone avant que le soleil ne bascule derrière les bâtiments, platée de pâtes rapidement engloutie, et au lit… Maintenant je suis sur la côte Est !

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